Denis la Mache

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Nouvelles chroniques Kanak

Il y a 25 ans tout pile, j’étais thésard au centre d’anthropologie des mondes contemporain à l’Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales et je faisais la connaissance d’un chercheur passionnant et largement passionné qui nous parlait d’un territoire lointain et exotique que je n’avais pas encore parcouru. Ce territoire, c’était la Nouvelle Calédonie. Ce chercheur, c’était Alban Bensa. Alors, aujourd’hui, évidemment, je me souviens.


L’anthropologie de la Nouvelle-Calédonie, étudiée par Alban Bensa, offre un éclairage essentiel sur les sociétés kanak. Bensa a consacré une grande partie de sa carrière à explorer les dynamiques culturelles, sociales et historiques de ce territoire du Pacifique Sud. Ses recherches mettent en évidence la richesse des traditions kanak ainsi que les transformations induites par l’implication française.

Les Traditions et la Société Kanak

Alban Bensa a minutieusement documenté les traditions et les structures sociales des Kanaks. Ses travaux décrivent en détail les systèmes de parenté, les pratiques rituelles et cérémonielles mais aussi les formes artistiques et artisanales. Bensa parle de l’importance des clans dans l’organisation sociale kanak, où chaque individu trouve sa place et son rôle au sein d’un réseau complexe de relations. Les récits oraux, les mythes et les légendes occupent une place centrale, transmettant les savoirs et les valeurs d’une génération à l’autre. Son approche unique et sensible permet de comprendre comment les Kanaks préservent et adaptent leurs traditions face aux défis contemporains.

L’Impact de la Colonisation

Alban Bensa a évidemment analysé les profondes transformations que la colonisation française a imposées à la société kanak. Il a étudié les processus de déstructuration des systèmes traditionnels sous l’impact des politiques coloniales, marquées par l’appropriation des terres et la marginalisation des populations autochtones. Il évoque les résistances et les adaptations des Kanaks face à ces bouleversements. Ses recherches montrent comment la colonisation a engendré des conflits, mais a aussi forcé les Kanaks à redéfinir et à revendiquer leur identité culturelle et politique.

Les travaux d’Alban Bensa offrent une compréhension approfondie de la Nouvelle-Calédonie et des Kanaks. En examinant les traditions et les structures sociales, ainsi que les effets de la colonisation, Bensa nous aide à saisir les enjeux contemporains de ce territoire. Son approche anthropologique est cruciale pour comprendre les aspirations actuelles des Kanaks en matière de reconnaissance culturelle et de souveraineté politique. Il nous éloigne du débat binaire dans lequel nous ne manquons pas de tomber entre les gentils et les méchants,  le bien et le mal, la tradition et la modernité. Là encore, la situation est complexe. Elle invite à la réflexion. Et je ne suis pas certain que celle-ci viendra de Tik Tok, récemment interrompu sur l’archipel car il n’a échappé à personne que de grandes puissances étrangères voient ces troubles d’un oeil bienveillant.

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Agriculteurs aujourd’hui

Il arrive qu’ils bloquent nos autoroutes. Régulièrement, ils tiennent salon Porte de Versailles à Paris. Mais la plupart du temps, ils sont dans nos villages à gérer leurs exploitations et façonner nos paysages. Eux ? Ce sont nos agriculteurs. Mais qui sont-ils vraiment ? L’actualité nous invite à nous intéresser à eux de plus près et à pourfendre quelques idées reçues.

La place occupée par les agriculteurs dans la société française est singulière à bien des égards. Ils sont le seul groupe professionnel à être passé, en moins d’un siècle, de majoritaires au sein de la population à une minorité parmi d’autres. Acteurs de circuits à la fois locaux et mondiaux, exerçant le plus souvent leurs activités dans le cadre familial, bénéficiant de revenus très variables, ils ne correspondent plus beaucoup à l’image d’Epinal du paysan d’avant-guerre.

D’après la MSA, la France ne compte plus que 398 794 chefs d’exploitation. Leur nombre a baissé de 27,5 % en dix ans. À ce constat s’ajoute un vieillissement de la population agricole. Seulement un agriculteur sur cinq a moins de 40 ans. Il n’y a jamais eu aussi peu de jeunes dans la profession. D’ici 2026, 50 % des chefs d’exploitation auront l’âge de la retraite. Les petites exploitations sont les plus impactées par ce vieillissement des actifs. Le taux de renouvellement des chefs d’exploitation ne cesse de décliner. Un sur trois n’est pas remplacé.

Le nombre d’exploitations ne cesse lui aussi de chuter, particulièrement dans l’élevage. Seules celles de grande taille voient leur nombre augmenter. Moins nombreuses, les exploitations n’ont jamais été aussi différentes. Le modèle d’agriculture familiale « à la française » disparait doucement. Si 90 % des exploitations sont encore familiales, cette situation est avant tout liée à des raisons capitalistiques. Ce chiffre masque en réalité le fait que la correspondance entre l’exercice familial du métier, le capital foncier et le capital d’exploitation est profondément bousculée. Les exploitations familiales, définies par l’engagement de tous les membres de la famille régressent au profit des exploitations individuelles dans lesquelles seul le chef de famille est actif agricole.

Parallèlement, on remarque l’arrivée dans la profession agricole de personnes ayant exercé une activité, hors agriculture. Ce phénomène vient percuter le modèle traditionnel de l’installation-transmission. La transmission des exploitations au sein de mêmes familles ne va plus nécessairement de soi. Les enfants d’agriculteurs qui décident de s’installer ne le font plus forcément en reprise de la ferme familiale.

Et puis, un nouveau type d’exploitation agricole émerge en France : des exploitations aux allures d’entreprises, qui, bien qu’elles ne représentent que 10 % des exploitations, elles  pèsent pourtant  30 % du produit brut agricole total. Étrangères à l’imaginaire associé à l’agriculture française, ces exploitations d’un nouveau genre occupent aujourd’hui une place grandissante dans certaines filières comme la production légumière ou viticole.

Ces « très grandes entreprises agricoles », qui empruntent plus, dans leur mode d’organisation, au secteur industriel qu’au modèle agricole traditionnel, se caractérisent par un empilement de structures juridiques, un haut niveau d’investissement financier et technologique, un éloignement du modèle famille-entreprise, un recours au salariat, à la délégation d’activités et parfois une multi-localisation de la production avec un degré souvent très faible de la relation au territoire.

Le modèle agricole de la France est ébranlé, mis à l’épreuve, fragilisé. Il présente désormais une diversité accrue tout en demeurant un pilier fondamental de nos territoires. Cette situation nous convie à une réflexion profonde. Comment parvenir à instaurer un nouvel équilibre territorial ? Quel est le modèle économique local que nous aspirons à développer ? La dynamique actuelle est en pleine évolution, et ce, à une vitesse considérable. Quelle conduite adopter face à ces changements ? Poser les interrogations adéquates au moment opportun permet souvent, à partir de crises ou de ruptures, de susciter des mutations essentielles.

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Le pouvoir d’achat



Le pouvoir d’achat est devenu un mot passe-partout. Il semble mettre tout le monde d’accord. Il faut le préserver, l’augmenter, le défendre… Aujourd’hui, « le pouvoir d’achat » est sur toutes les lèvres. Des acteurs politiques de tout bord, des délégués syndicaux, des associations citoyennes… le convoquent avec ardeur. Rien n’est plus consensuel que les appels à le protéger.
Et pourtant, quand on prend le temps de s’y pencher vraiment, on découvre un terme rempli de présuppositions et d’ambiguïté.


Un tour de passe-passe


Le pouvoir d’achat est avant tout une notion utilitariste. Il est une revendication qui ne véhicule pas de valeur en soi. Il réduit la question du pouvoir sur nos vies à nos capacités de consommation. Derrière cette expression, il y a donc une forme de réductionnisme. Le pouvoir d’achat apparaît comme un outil économique destiné à satisfaire des besoins sociaux, mais le prisme utilitariste (en plus de réduire la manière de répondre à ces besoins) a pour effet de mal nous outiller pour apprécier ces besoins. En clair la notion de pouvoir d’achat propose de répondre de manière réduite à des questions posées de manière réduite.
Notre quotidien est de plus en plus alimenté de « besoins artificiels » ces besoins secondaires fabriqués pour répondre à un autre besoin. On peut, par exemple observer ce phénomène via la numérisation des services publics. Pour nous permettre de satisfaire des besoins administratifs (besoins primaires), nous obligent à nous doter d’un smartphone (besoins secondaires).
C’est l’ensemble de ces processus qu’il faut questionner pour remonter au niveau supérieur de réflexion et parler en termes de « pouvoir de vivre ». Hélas, les débats techniques (et donc en apparence dépolitisés) autour du pouvoir d’achat nous en éloignent. Ces discussions sont un piège. Quand on parle de pouvoir d’achat, on s’interroge rarement sur les circuits d’approvisionnement de la marchandise, sur les conditions de création ou même sur l’utilité des biens achetés et la place qu’ils occupent dans nos vies.
On peut véritablement parler d’un tour de passe-passe idéologique dont les victimes sont les plus pauvres d’entre nous. Les discours autour du pouvoir d’achat ont déplacé la réflexion du champ de la production de richesse et de l’organisation du travail vers celui de la consommation. Tant que l’on se concentre sur les moyens de compenser un manque on n’interroge pas le système qui crée ce manque. En compensant une inégalité, on en entretient les causes.


Une construction historique


Pour bien comprendre les choses, revenons un petit peu en arrière. La notion de « pouvoir d’achat » naît au début du XXe siècle, à un moment de notre Histoire où se multiplient les conflits sociaux. La société française entre alors massivement dans le modèle salarial et les catégories populaires sont progressivement dépossédées du contrôle de leur moyen de subsistance. En fuyant massivement les milieux ruraux où elles possédaient des moyens de production agricoles devenus insuffisants, elles se mettent au service de moyens de production qui ne leur appartiennent plus. Elles deviennent dépendantes de la paie d’un patron.
En 1911, le service de la « Statistique Générale de la France » débute des enquêtes périodiques sur les prix de détail et planche sur un indice des prix pour les treize produits de consommation les plus courants. C’est à ce moment-là que l’on commence à parler de « pouvoir d’achat ». Ces instruments de mesure nationale s’affinent progressivement jusqu’à la création de l’Insee [en 1946. Le thème s’installe alors durablement dans les discours politiques et syndicaux de tout bord jusqu’à devenir omniprésent pendant les Trente Glorieuses.
Progressivement, presque subrepticement, l’individu devient dépendant des produits industriels. Il perd peu à peu conscience de sa capacité à satisfaire ses besoins par des modes de production non industriels voire sans consommer. Le piège se referme.

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Né de et dans nos systèmes économiques modernes, la notion de pouvoir d’achat est donc indissociablement liée à celles de croissance, de profits, d’expansion. Il est partie prenante des sociétés industrialisées. Il est l’un des verrous qui stabilisent l’équilibre actuel, celui-là même qui fait des gagnants…et des perdants.

L’école rurale en question

Après l’avoir tant aimée, on s’est mis à trouver bien des défauts à notre école rurale. On lui a reproché son isolement, sa tendance à enfermer les enfants dans l’horizon limité de leur territoire, la pauvreté de l’offre culturelle ou artistique et surtout un coût exorbitant pour nos petites communes. Mais qu’en est-il vraiment ?

L’école communale se mourrait lentement quand, au début des années 2000, une solution est arrivée : c’était les écoles en réseau. Les objectifs assignés à ces réseaux étaient ambitieux et prometteurs : maintenir les écoles proches des lieux de vie, stabiliser les équipes enseignantes, mutualiser les ressources et améliorer les résultats des élèves. On n’a alors pas trop prêté attention à quelques études qui soulignaient l’efficacité de l’école rurale et concluaient que « la structure des petites écoles, qui groupent plusieurs niveaux dans une même classe, favorise la réussite des élèves. Les classes à plusieurs niveaux sont plus favorables aux apprentissages que les classes à un seul niveau ».

Ignorant cela, l’école rurale se réinventait notamment en concentrant les élèves dans des groupes scolaires neufs équipés d’importants moyens pédagogiques. Cette politique a eu plusieurs effets, plus ou moins voulus, plus ou moins bénéfiques à long terme.

D’abord, elle a ancré dans l’esprit de beaucoup d’acteurs locaux que « l’isolement » était la cause de bien des maux : retard scolaire, performances médiocres, méthodes pédagogiques surannées…

Mais cette politique a aussi stimulé le recours aux technologies de communication : les écoles rurales utilisent plus fréquemment les TIC pour l’éducation que les autres écoles.

Pour pérenniser les écoles, on a considéré comme prioritaire de favoriser l’accueil de nouveaux résidents, qui, pour beaucoup, travaillent en ville. Alors, pour répondre à leurs demandes, les rythmes de vie des enfants se sont adaptés à ceux des parents. On a généralisé et modernisé la restauration scolaire, confiant au passage la confection des repas à des sociétés spécialisées. On a créé des accueils périscolaires. Dans le même temps, les familles ont exprimé une exigence de qualité en matière scolaire. Conséquence de cela, la concurrence s’est invitée entre les services éducatifs. La proximité n’est désormais plus le seul facteur déterminant dans le choix d’un établissement scolaire. Pour éviter le risque d’une fuite des enfants vers les écoles de villes, facilitée par les déplacements professionnels quotidiens des parents, les collectivités ont développé et restructuré les services annexes à l’école (ateliers divers, cantine, garderies, centres de loisirs…).

Finalement se sont l’implantation et l’organisation de l’école elle-même qui ont évolué. Aux regroupements pédagogiques intercommunaux dispersés (avec les classes réparties dans les écoles des villages), on préfère les RPI concentrés plus faciles à doter d’équipements périscolaires, restaurant et garderie.

Petit à petit, l’école s’est mise à moins contribuer à la vie communale. Les dynamiques qu’impulsait l’éducation populaire liées aux institutions locales qu’étaient l’école ou la paroisse sont devenues moins visibles. Les enseignants sont aujourd’hui moins ces acteurs incontournables de la vie locale qu’ils avaient pu être il y a quelques décennies. Ils habitent d’ailleurs rarement le village dans lequel ils enseignent. Les accueils de loisirs péri et/ou extra scolaires sont gérés par des instances intercommunales, distantes des villages, souvent géographiquement et au moins administrativement.

De manière générale, la réorganisation du maillage scolaire en milieu rural ne peut plus guère se passer de la coopération intercommunale. La collaboration entre communes s’impose aux municipalités, dans le domaine scolaire comme dans beaucoup d’autres ne serait-ce que pour maintenir un service minimum. L’élargissement des aires administratives qui gèrent les affaires publiques du quotidien en milieu rural contribue à l’éparpillement et la segmentation des lieux d’activité. La dispersion tend à accroître l’isolement des personnes et à réduire les possibilités de constitution d’un sentiment d’appartenance à un collectif local. Si l’on y prend garde, les populations rurales risquent de disparaître derrière les zonages. Et à sa manière, l’école pourrait participer à cette « dissémination » qui menace l’identité rurale.

light city street building

En quelques lieux, en quelques dates

Je suis né le 17 avril 1969 à Clichy-la-Garenne. J’ai grandi à Gien sur les bords de la Loire. Je m’y suis notamment investi dans une radio locale : Gien FM.

Après des études de sociologie à l’Université de Tours, j’ai obtenu en 2001 un doctorat à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris avec une mention très honorable à l’unanimité du jury en soutenant une thèse sur la cohabitation dans les grands ensembles.

J’ai d’abord été nommé conseiller à la direction de la jeunesse et des sports des Deux-Sèvres, chargé du suivi et de l’évaluation des politiques éducatives locales. J’ai ensuite été nommé coordonnateur national de la formation statutaire des cadres du ministère de la Jeunesse et des Sports.

Depuis 1995, j’enseigne la sociologie du travail et des organisations dans de nombreux établissements de formation supérieure.

J’ai été élu maire de Saint Sigismond en 2008 puis réélu en 2014 et en 2020. En 2015, je suis devenu conseiller régional des Pays de la Loire. Je siège dans le groupe socialiste, écologiste, radical et républicain.

PUBLICATIONS

J’ai publié en 2006 mon premier ouvrage “L’art d’habiter un grand ensemble HLM” aux éditions l’Harmathan. En 2008 j’ai participé à l’ouvrage collectif “Territoires du quotidien” aux éditions du CNRS. J’ai également publié plusieurs articles dans des revues scientifiques comme “L’Ethnologie Française” ,”Métropoles” ou “Terrain“.

scenic view of agricultural field against sky during sunset

Complexité territoriale : Nos territoires sont-ils devenus ingérables ?

C’est, paraît-il, un mal bien français que de rendre compliqué ce qui pourrait être simple. Tiens. Prenez par exemple nos territoires ruraux. Entre les communes, les communautés de communes, les départements, les régions… Si on ajoute les syndicats intercommunaux pour l’eau le gaz, l’electricité et les ordures ménagères…On n’y comprend plus rien.

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Y a t’il trop de communes en France ?

Il faut, parait-il, réduire le nombre de communes. On fera des économies. L’idée est répandue. La formule est séduisante et la solution semble facile à mettre en œuvre. Mais la réalité, comme souvent, n’est pas si simple. Parce qu’après tout de quoi parlons-nous ? Que voulons-nous réduire et quel est le but ? Quelle société voulons-nous ? Quel monde sommes-nous en train de préparer ?

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Femmes en milieu rural

Des statistiques récentes sont venues perturber les idées reçues sur les populations qui font vivre notre France rurale.

Fanny Renard et Sophie Orange ont mené une enquête auprès des femmes rurales de l’Ouest de la France pour comprendre les logiques, les choix et les visions qui se cachent derrière la statistique. Elles sont donc parties à la rencontre de ces femmes qui, pour nombre d’entre elles, vivent à proximité de leurs parents, dans leur village d’origine et travaillent dans le métier du Care et de l’esthétique.

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