Denis la Mache

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Agriculteurs aujourd’hui

Il arrive qu’ils bloquent nos autoroutes. Régulièrement, ils tiennent salon Porte de Versailles à Paris. Mais la plupart du temps, ils sont dans nos villages à gérer leurs exploitations et façonner nos paysages. Eux ? Ce sont nos agriculteurs. Mais qui sont-ils vraiment ? L’actualité nous invite à nous intéresser à eux de plus près et à pourfendre quelques idées reçues.

La place occupée par les agriculteurs dans la société française est singulière à bien des égards. Ils sont le seul groupe professionnel à être passé, en moins d’un siècle, de majoritaires au sein de la population à une minorité parmi d’autres. Acteurs de circuits à la fois locaux et mondiaux, exerçant le plus souvent leurs activités dans le cadre familial, bénéficiant de revenus très variables, ils ne correspondent plus beaucoup à l’image d’Epinal du paysan d’avant-guerre.

D’après la MSA, la France ne compte plus que 398 794 chefs d’exploitation. Leur nombre a baissé de 27,5 % en dix ans. À ce constat s’ajoute un vieillissement de la population agricole. Seulement un agriculteur sur cinq a moins de 40 ans. Il n’y a jamais eu aussi peu de jeunes dans la profession. D’ici 2026, 50 % des chefs d’exploitation auront l’âge de la retraite. Les petites exploitations sont les plus impactées par ce vieillissement des actifs. Le taux de renouvellement des chefs d’exploitation ne cesse de décliner. Un sur trois n’est pas remplacé.

Le nombre d’exploitations ne cesse lui aussi de chuter, particulièrement dans l’élevage. Seules celles de grande taille voient leur nombre augmenter. Moins nombreuses, les exploitations n’ont jamais été aussi différentes. Le modèle d’agriculture familiale « à la française » disparait doucement. Si 90 % des exploitations sont encore familiales, cette situation est avant tout liée à des raisons capitalistiques. Ce chiffre masque en réalité le fait que la correspondance entre l’exercice familial du métier, le capital foncier et le capital d’exploitation est profondément bousculée. Les exploitations familiales, définies par l’engagement de tous les membres de la famille régressent au profit des exploitations individuelles dans lesquelles seul le chef de famille est actif agricole.

Parallèlement, on remarque l’arrivée dans la profession agricole de personnes ayant exercé une activité, hors agriculture. Ce phénomène vient percuter le modèle traditionnel de l’installation-transmission. La transmission des exploitations au sein de mêmes familles ne va plus nécessairement de soi. Les enfants d’agriculteurs qui décident de s’installer ne le font plus forcément en reprise de la ferme familiale.

Et puis, un nouveau type d’exploitation agricole émerge en France : des exploitations aux allures d’entreprises, qui, bien qu’elles ne représentent que 10 % des exploitations, elles  pèsent pourtant  30 % du produit brut agricole total. Étrangères à l’imaginaire associé à l’agriculture française, ces exploitations d’un nouveau genre occupent aujourd’hui une place grandissante dans certaines filières comme la production légumière ou viticole.

Ces « très grandes entreprises agricoles », qui empruntent plus, dans leur mode d’organisation, au secteur industriel qu’au modèle agricole traditionnel, se caractérisent par un empilement de structures juridiques, un haut niveau d’investissement financier et technologique, un éloignement du modèle famille-entreprise, un recours au salariat, à la délégation d’activités et parfois une multi-localisation de la production avec un degré souvent très faible de la relation au territoire.

Le modèle agricole de la France est ébranlé, mis à l’épreuve, fragilisé. Il présente désormais une diversité accrue tout en demeurant un pilier fondamental de nos territoires. Cette situation nous convie à une réflexion profonde. Comment parvenir à instaurer un nouvel équilibre territorial ? Quel est le modèle économique local que nous aspirons à développer ? La dynamique actuelle est en pleine évolution, et ce, à une vitesse considérable. Quelle conduite adopter face à ces changements ? Poser les interrogations adéquates au moment opportun permet souvent, à partir de crises ou de ruptures, de susciter des mutations essentielles.

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Le pouvoir d’achat



Le pouvoir d’achat est devenu un mot passe-partout. Il semble mettre tout le monde d’accord. Il faut le préserver, l’augmenter, le défendre… Aujourd’hui, « le pouvoir d’achat » est sur toutes les lèvres. Des acteurs politiques de tout bord, des délégués syndicaux, des associations citoyennes… le convoquent avec ardeur. Rien n’est plus consensuel que les appels à le protéger.
Et pourtant, quand on prend le temps de s’y pencher vraiment, on découvre un terme rempli de présuppositions et d’ambiguïté.


Un tour de passe-passe


Le pouvoir d’achat est avant tout une notion utilitariste. Il est une revendication qui ne véhicule pas de valeur en soi. Il réduit la question du pouvoir sur nos vies à nos capacités de consommation. Derrière cette expression, il y a donc une forme de réductionnisme. Le pouvoir d’achat apparaît comme un outil économique destiné à satisfaire des besoins sociaux, mais le prisme utilitariste (en plus de réduire la manière de répondre à ces besoins) a pour effet de mal nous outiller pour apprécier ces besoins. En clair la notion de pouvoir d’achat propose de répondre de manière réduite à des questions posées de manière réduite.
Notre quotidien est de plus en plus alimenté de « besoins artificiels » ces besoins secondaires fabriqués pour répondre à un autre besoin. On peut, par exemple observer ce phénomène via la numérisation des services publics. Pour nous permettre de satisfaire des besoins administratifs (besoins primaires), nous obligent à nous doter d’un smartphone (besoins secondaires).
C’est l’ensemble de ces processus qu’il faut questionner pour remonter au niveau supérieur de réflexion et parler en termes de « pouvoir de vivre ». Hélas, les débats techniques (et donc en